Gros plan sur FOCAST dans « Libération »

Licenciements, guichets départs, fermetures de sites ou reprise d’activité avec ou sans intervention de l’Etat : Libération a sillonné la France des plans sociaux et rencontré ses acteurs en lutte

 

«On est en train de mourir en silence»


Par FRÉDÉRIQUE ROUSSEL

La France du chômage, ce sont ces plans sociaux qui perlent dans des entreprises de tous ordres, touchant des salariés, des métiers, des territoires. Ce sont aussi des personnages, devenus hérauts sans le vouloir, des petits combats collectifs là-bas vus d’ici mais qui font remuer au plus haut. Reportage.

 

 

FOCAST

La fonderie dans l’ombre de Florange

Parqués comme du bétail sur la place de la Concorde, «avec pour seules commodités le mur du jardin des Tuileries pour les hommes, et un accompagnement sous bonne garde, deux à deux, pour les femmes». Dans leur lettre au président de la République, les Soissonnais écument de rage et d’humiliation. Venus manifester à Paris le 5 décembre, 240 élus et salariés d’entreprises en difficulté ont été immobilisés manu militari pendant quatre heures. La banderole énumérant la litanie des fermetures (Jacob Delafon, AR Carton, Wolber-Michelin, Chappée, Ottawa, Becuwe, Trailor, Berthier, BSL industries) a été ignorée. Le même jour, les syndicats de Florange négociaient à Matignon. Même si, avec 600 emplois menacés, 7 000 disparus dans leur bassin depuis trente-quatre ans, ils invoquent leur «douzième Florange». Le slogan leur paraissait vendeur.

Trois jours plus tard, la colère reste à vif. La route qui part de la gare de Soissons (Aisne) vers Villeneuve-Saint-Germain ressemble à un champ d’honneur. Cet intervalle géographique comptait 5 000 emplois dans les années 80, 500 aujourd’hui. Il y avait de tout : du verre, du pneu, de la fonte, de l’acier, de l’inox. Le plus gros employeur ici, désormais, avance-t-on en riant jaune, c’est l’hôpital et la mairie. A gauche, l’ancienne usine de pneus de vélo Wolber, filiale de Michelin, fermée en 2000. Plus loin, une cartonnerie liquidée deux fois, tombée à 50 emplois. Puis BSL Industries (chaudronnerie), liquidée en 2003. BSL Tubes et Raccords a en revanche été repris en 2010 par Genoyer.Puis les braises du moment : la fonderie Focast Picardie et l’assemblier de chaudières Baxi.

 

Un «C MORT» en lettres jaunes s’étale sur les briques de la fonderie. Edifiée en 1883 par Albert Piat, l’usine ne tourne plus. Le tribunal de commerce a prononcé sa liquidation le 29 novembre, à la consternation des 129 salariés. A l’entrée, des tiroirs bleu ciel avec le nom des gars pour les tenues de travail. Dans les lieux, jamais en repos sous le régime des 3x8, le bruit des pas se fait mat. La poignée d’ouvriers rassemblés autour du four à fusion éteint en parlent à l’imparfait. Son carburant, sa chaleur, le bruit. Ils ont travaillé jusqu’à la dernière pièce en fonte. Pour la plupart, c’est le triste épilogue d’un turn over local. Ballottés d’une usine à l’autre.

Cet après-midi, Franck Casola, CGT, 43 ans, vingt et un ans d’ancienneté, va tenter d’arracher en comité d’entreprise les meilleures conditions de départ. 2013 commencera à Pôle Emploi. La peine n’a pourtant pas été ménagée pour dénicher un repreneur. Le seul candidat a reculé devant un investissement voué à des pertes pour les trois ans à venir.

 

A côté de la fonderie, il y a sa sœur Baxi, propriété de BDR Thermea. En sursis. Sa fermeture dans deux ans a été annoncée le 15 octobre. Et, plus loin sur la zone, la plateforme Geodis Logistics stoppée depuis la mi-décembre, après la fin d’un contrat avec Carrefour. Les lettres de licenciement des 74 CDI partent le 31 décembre. Mais il y a aussi le centre d’appels Transcom France, en procédure de sauvegarde. Au total, 600 emplois sur le carreau ou sur le point de l’être, d’où le «Florange» invoqué à Paris. «Soissons affiche un taux de chômage de 20,4% et la Picardie, première région ouvrière de France, se situe en dessous du PIB moyen», alerte Jean-Marie Carré, président (PS) de la communauté d’agglomération du Soissonnais. Depuis le début des années 70, la désindustrialisation a grignoté le Grand Soissons, qui compte aujourd’hui 70 hectares de friches orphelines. Un territoire à gauche qui a voté à 27% pour l’extrême droite à la présidentielle, soit 10 points de plus que la moyenne nationale.

 

Focast fermée, les salariés de Baxi, en suspens jusqu’à fin 2014, n’ont pas le moral. Dans une lettre, la direction générale les a incités à reprendre la cadence, tombée à 50% depuis l’annonce de la fermeture. Sur 115 références de chaudières, 52 sont aujourd’hui en rupture. Mais comment se motiver quand une usine qui comptait 900 salariés en 1976 va mettre les 140 restants dehors ? Dans le Soissonnais, tout le monde a au moins un membre de sa famille passé par Baxi. L’argument économique est imparable : le marché du chauffage au sol affiche un recul de 15% au profit du mural. Et la réglementation européenne interdit les chaudières basse température à partir du 1er janvier 2015, 70% de la production de Baxi.

Ici, tous ont déjà vécu un plan social, en 2008, des bouts de délocalisation, en Turquie pour l’acier, en Italie pour les brûleurs. Avant, tout était fait sur place. «On peut trouver quelqu’un qui pourrait s’installer ici dans la tôlerie fine», tente de convaincre Jean-Marie Carré, le président de la communauté d’agglo. «Après les pneus, Wolbert a fait des meubles, on sait comment ça s’est terminé, oppose Manuel, un contrôleur amer. Si c’est pour rester un an et se barrer avec notre argent, je n’y crois pas.» L’agglomération tente de revivifier les zones abandonnées, d’attirer les entreprises. Mais les emplois créés ne comblent pas l’hémorragie. «On n’est pas que des pleureurs. On demande qu’une solidarité nationale s’exerce sur le territoire», insiste Jean-Marie Carré, qui réclame de l’Etat une conférence territoriale et une augmentation des fonds régionaux européens, sur lesquels une réunion se tiendra finalement le 11 janvier avec le préfet de l’Aisne.

 

COOP ALSACE

Une institution grignotée par la grande distribution

«On est en train de mourir en silence.» Les syndicats de la Coop Alsace, premier distributeur alimentaire indépendant de la région, sont inquiets. Au point d’avoir décidé d’alerter l’opinion, pour pousser la direction à sortir du bois. «Depuis deux ans, on crie au loup», explique Laurent Hobel, de FO. Ce chauffeur livreur à la Coop depuis quatorze ans, physique massif et regard clair perçant, incarne l’intersyndicale. On ne parle que de Florange, de Doux, mais pas d’eux. Du coup, ils ont exceptionnellement accueilli la presse dans la plateforme logistique implantée en 1976 à Reichstett, au nord de Strasbourg.

 

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